HOUARI BOUMEDIENE

1965 - 1978 : Le règne de tous les pouvoirs

Un prédateur politique

« Tout pouvoir humain est un composé de patience et de temps. Les gens puissants veulent et veillent. » (Honoré de Balzac)

Les quelques Algériens qui possédaient un poste de télévision avaient impatiemment attendu le 20H le jour durant, pour mettre enfin un visage sur la voix métallique qui lisait sur les ondes, d’un ton monocorde, le communiqué militaire n° 1. Ils se demandaient qui était donc ce putschiste qui tenait un discours si martial que la radio avait seriné la journée entière du 19 juin 1965.


Cet homme au visage émacié, le regard fixe et perçant était presque inconnu des Algériens qui vivaient leurs premières pénuries et découvraient le sucre de canne de Cuba dans les « magasins pilotes socialistes », ancêtres lointains des « souks el fellah ». Bien sûr, on avait déjà vu cette silhouette inquiétante du vice-Président, dans l’ombre de l’inflammable président Ahmed Ben Bella. Ils étaient même arrivés ensemble de Tlemcen, presque la main dans la main, lors de l’été pourri de 1962. On les croyait comme larrons en foire, une photo très célèbre depuis, prise au stade du 20 Août à Alger, les représentait complices et hilares et donnait cette impression qu’ils étaient les meilleurs alliés du monde. Mais ne voilà-t-il pas que la marmite se renversait sur le couscoussier, comme à l’époque des janissaires, et que le tout nouveau locataire du 20H traitait la politique du déjà ancien Président de tous les noms. « Intrigues tramées dans l’ombre », « calculs sordides », « narcissisme politique », « amour morbide du pouvoir », bref, rien ne fut épargné au Président élu deux ans à peine auparavant à 99% des suffrages, plus quelques casernes, qui cumulait une dizaine de portefeuilles de ministres, sauf… celui de la Défense. Le communiqué de la junte, qui deviendra très vite la « Proclamation du Conseil de la révolution », aussi vitement érigé par totémisme en texte fondateur lui aussi, nous faisait découvrir que « le-déjà-prédécesseur », qui allait croupir une quinzaine d’années dans les oubliettes (au Château Holden sur la route Douéra - Boufarik) était « un tyran » et un dangereux déviationniste. Le mystérieux quarteron, était composé de 13 officiers de l’ANP, 11 colonels ou commandants de l’ALN et de 2 civils. Tout ce petit train volaient au secours du pauvre peuple, dont on disait, il n’y avait pas très longtemps, qu’il était Le Seul Héros, en le rassurant : « Ton silence n’est pas lâcheté », lui ont-ils dit. Les hommes qui, aujourd’hui, ont décidé de répondre à ton appel angoissé [(tiens, tiens), persuadés en cela de traduire ton vœu le plus cher, ont pris sur eux de te faire recouvrer ta « liberté usurpée et ta dignité bafouée » et beaucoup d’autres boniments du même registre. Les années qui suivront sont seules juges de toutes leurs promesses, lesquelles n’engageaient que leurs auteurs et évidemment tous ceux qui voulaient bien y croire, (ils seront malgré tout nombreux). Des auteurs qui nous donnaient du « tu" en veux, en voilà ». Mais, à moins d’être frappé d’amnésie, les flamboiements de la démocratie n’ont pas embrasé le ciel de l’Algérie, le 20 juin 1965 ni tous les jours d’après, d’ailleurs… Quant à l’homme du 19 juin, qui colonisera les tréteaux treize ans durant (1965-1978), s’il n’occupait pas le proscénium de la guerre de Libération nationale, il n’en était pas pour autant un absent comme ses détracteurs seraient tentés de le soutenir ou de le faire croire. Il est encore adolescent et fréquente la medersa El Kittaniya quand il « milite anonymement au sein du PPA - MTLD », nous dit Paul Balta dans un livre que son épouse et lui ont consacré au champion du Tiers-mondisme des années 1970. Il n’est pas dit qu’il y a adhéré ou qu’il se soit engagé dans le militantisme politique à cette époque. Mais, afin d’éviter la conscription dans l’armée française, il quitte assez tôt le pays pour la Tunisie où il poursuivra son cycle d’études à la Zitouna avant qu’on ne le signale au Caire, plus précisément à El Azhar en 1951, c’est-à-dire loin de la débâcle de l’Organisation spéciale et des déchirements naissants entre « centralistes et messalistes » au sein du principal courant du mouvement d’émancipation nationale. Houari Boumediène est au Caire quand Gamal Abdenasser et les « Officiers libres » renversent et exilent le roi Farouk, un khédive noceur amateur des belles stars du fabuleux cinéma égyptien des années 1940 et 1950. Le jeune Boukharouba prend toute la mesure de l’événement, qui aura sur lui une influence considérable. C’est également dans la capitale égyptienne qu’il s’éveille au panarabisme nassérien. Houari Boumediène est le produit de la culture politique arabe des années 1950 mâtiné de fanonisme. Paul Balta, ancien correspondant du quotidien français Le Monde à Alger (1973-1978), écrit : « Quand éclate l’insurrection armée du 1er novembre 1954, il interrompt ses études et prend contact avec le vieux chef de guerre du Rif, qui dirige alors le bureau du Maghreb arabe, Abd El-Krim, qui a organisé une préparation militaire accélérée pour les jeunes Maghrébins, l’oriente vers un centre de Hélouân ou d’Inchass près du Caire, où il subit un entraînement. »

Sous la férule de Boussouf

Après l’épisode du yacht de la princesse de Jordanie « gracieusement offert », selon les uns et « audacieusement piraté », selon d’autres, il est en Oranie où il se met à la disposition de Larbi Ben M’hidi, lequel le place sous les ordres de Abdelhafidh Boussouf. Il deviendra très vite son lieutenant principal. Le chef déteindra sur le subordonné, mais le second avait en plus du premier un certain nombre de qualités qui feront que le disciple finira par surclasser le maître. Houari Boumediene n’a pas été un chef de guerre, il n’a pas conduit ses hommes au combat et lui en tête. Il n’a pas échafaudé de plans de campagnes décisives. Il n’a pas tendu d’embuscades à l’ennemi, tapis dans un fourré, allongé dans la boue, le nez planté dans le sol, le stress à mille volts, le doigt tremblant sur la gâchette de son arme. Boumediène n’a pas été un homme de la poudre. Son corps ne portait pas de blessures, sinon celle qui lui aurait été infligée lors de la tentative de putsch du 26 avril 1968 à la sortie du Palais du gouvernement. Boumediène a commencé à servir au sein de l’ALN en Wilaya V et à la différence du colonel Lotfi son successeur, et tout comme Abdelhafidh Boussouf son prédécesseur, qui avait remplacé Larbi Ben M’hidi, il avaient établi son poste de commandement au-delà de la frontière algéro-marocaine. Sans être l’ombre de quiconque, plutôt homme de contre-jour, il a assimilé toutes les techniques du judoka politique. Comme ces sportifs de haut niveau qui savent avec un rare talent maîtriser et canaliser leur énergie, il a, avec habileté tiré avantage de l’impéritie, des défaillances et de l’incompétence de ses concurrents ou de ses adversaires. Servi par une intelligence vive et une disponibilité permanente, il a porté jusqu’au raffinement la stratégie de la guêpe : provoquer, aiguillonner, disparaître sans laisser d’autre trace qu’une ardente douleur. Tout ce squelette de prédateur politique était enrobé dans une esprit d’apparence conciliant et des rondeurs langagières populistes qui contrastaient avec son physique have et anguleux. Mais d’apparence seulement. Certains témoignages pas toujours vérifiés, il est vrai, lui attribuent des actes d’une violence remarquable lors de son passage en Wilaya V. Les historiens, particulièrement les Français, le présentent souvent comme « un client » de Boussouf. Mais si ce dernier se singularisait au sein de la direction politique par son esprit plutôt inquisiteur et « barbouzard », Boumediène était prévoyant et se fiait à une connaissance aigue des hommes et de leurs réactions. Chef du COM-Ouest, (Comité d’organisation militaire pour la zone Ouest), il s’ingéniera à réunir autour de lui des jeunes qu’il formera à l’exercice non de la guerre, mais du pouvoir. Comparé à lui, son homologue du COM-Est, Mohammedi Saïd, ancien colonel de la Wilaya III très proche de Krim Belkacem, apparaissait comme un bulldozer dans une galerie de cristal. Face à la puissance des « Trois B » (Belkacem, Ben Tobbal et Boussouf) qui finiront par le coopter dans le cadre du Comité interministériel de guerre (CIG) pour lui confier l’état-major général (EMG), il déploiera des trésors de stratégie pour endormir leur confiance et réagir au moment opportun pour les neutraliser. A en croire Ferhat Abbas, qui rapporte ces propos dans son livre Autopsie d’une guerre Frantz Fanon parlant des Trois B, lui aurait confié un jour : « Un colonel leur réglera un par un leur compte. C’est le colonel Boumediène. Pour celui-ci, le goût du pouvoir et du commandement relève de la pathologie. » A la réunion du CNRA au Caire, en août 1957, il entrera comme membre du conseil à la faveur de l’élargissement de cette structure qui passait de 17 membres titulaires à 34. Mais c’est incontestablement son rôle lors de la réunion des 10 colonels dite « Réunion des 100 jours » à la veille de la réunion du CNRA (décembre 1959-janvier 1960), qui verra la création de l’EMG que Boumediène, qui se veut l’incarnation de la rigueur et de la pureté révolutionnaires, donnera la pleine mesure de ses talents d’homme d’appareil (voir El Watan du 27 janvier 2008 pp.22-23). Dès lors qu’il a pris place aux leviers de commande de l’armée et profitant de la rivalité entre les Trois B, assisté des commandants Azzedine (militaire), Kaïd Ahmed (politique), Ali Mendjeli (Renseignements et liaisons), il s’appliquera à mettre sur pied une armée moderne, d’une trentaine de milliers d’hommes, entraînée, disciplinée, bien équipée, en vue de … la prise du pouvoir. Il réalisera en très peu de temps ce que Krim Belkacem n’a pas pu faire quelques années auparavant. Mettant à profit l’expérience et les connaissances de ceux qu’on désignait sous le nom de DAF (déserteurs de l’armée française), qui avaient répondu à l’appel du FLN lancé par le congrès de la Soummam et sans cesse amplifié depuis, Boumediène va créer une armée de pouvoir, qu’il qualifiait lui-même de militants politiques en armes. Une institution à laquelle il inculquera une certaine idée de l’armée populaire et une doctrine qui tient à la fois de celle de la Yougoslavie de Tito et de la Turquie kémaliste. En 1962, il s’opposera violemment, adossé à cette armée des frontières, au GPRA qui n’avait pour lui que sa légitimité et la légalité des institutions que s’était donné la Révolution algérienne. Force est revenue à la force. La légitimité attendra…

Sources :

- Houari Boumediène. Du sang à la Sueur. Ministère de l’Information et de la Culture. Alger 1979.
- Discours du président Houari Boumediène. T1. Ministère de l’Information et de la Culture. Alger. 1970.
- Paul Balta et Claudine Rulleau. La Stratégie de Boumediène. Sindbad. Paris-1973.
- Ferhat Abbas. Autopsie d’une Guerre. Garnier. Paris - 1980.
- Gilbert Meynier. Histoire intérieure du FLN 1954-1962. Arthème Fayard. Paris 2002.
- Meynier - Harbi. Le FLN Documents et Histoire.1954 - 1962. Casbah Ed. Alger. 2004

 
 
Les dates clés de la vie de Boumediène

 

- 1932 (23 août) : naissance de Houari Boumediène (de son vrai nom Mohamed Boukherouba), à Aïn Hassaïnia, dans une famille de paysans pauvres, originaire de la Petite Kabylie.

- 1957-1958 : avec le grade de commandant, Boumediène devient l’adjoint de A. Boussouf lorsque ce dernier succède à Larbi Ben M’hidi à la tête de la Wilaya V, puis en prendra les rênes après que Boussouf soit entré au Comité de coordination et d’exécution (CCE), qui deviendra le GPRA en septembre 1958.

- 1958-1960 : Houari Boumediène prend d’abord la direction du COM Ouest (Oujda), puis la tête de l’état-major général (EMG), instance créée par le CNRA de Tripoli 1 en janvier 1960 ; ceci lui permettra de diriger de façon coordonnée toutes les troupes de l’ALN stationnées aux frontières.

- 1962 (juillet) : Boumediène entre à Alger, à la tête de ses troupes, et installe Ben Bella au pouvoir après avoir réduit l’opposition des Wilayas III et IV et neutralisé le groupe de Tizi Ouzou (composé essentiellement de K. Belkacem, H. Aït Ahmed et M. Boudiaf).

- 1963 (15 septembre) : élection de Ahmed Ben Bella à la magistrature suprême qui devient le premier président de la République algérienne indépendante.

- 1965 (19 juin) : Ahmed Ben Bella est renversé par un coup d’Etat (« sursaut révolutionnaire ») conduit par Boumediène et ses alliés du Groupe d’Oujda et de l’EMG. Un Conseil de la révolution, élargi quasi immédiatement à certains colonels de l’ALN, est créé, dont Boumediène devient le président.

- 1967 (14 décembre) : tentative de coup d’Etat fomentée par le chef d’état-major de l’ANP, le colonel T. Zbiri à laquelle s’associe, de façon ambiguë, le chef de la 1re Région militaire, le colonel Saïd Abid qui trouvera la mort dans des conditions mystérieuses.

- 1971 (24 février) : nationalisation des intérêts pétroliers étrangers.

- 1971 (novembre) : promulgation de l’ordonnance portant Gestion socialiste des entreprises et de l’ordonnance portant Révolution agraire.

- 1976 (22 novembre) : promulgation de la Constitution, adoptée par voie référendaire le 19 novembre.

- 1976 (10 décembre) : élection de Houari Boumediène à la magistrature suprême.

- 1977 (avril) : remaniement profond des structures du Gouvernement par lequel Boumediène revient sur le modèle de développement économique (cruel désaveu infligé à B. Abdesslam) et qui constitue le prélude à une véritable rupture avec le système précédent.

- 1978 (août) : de retour de Khartoum où il vient d’assister au 15e sommet de l’OUA, Boumediène tombe gravement malade. Des semaines durant, les médecins algériens et soviétiques se montrent incapables de procéder à un diagnostic précis de son état.

- 1978 (novembre) : Boumediène tombe dans un coma dépassé. Appelé à son chevet, le professeur Waldenström confirme que le chef de l’Etat est effectivement atteint d’une leucémie lymphoïde chronique et que son état est désespéré.

- 1978 (27 décembre) : décès du président Boumediène après 40 jours de coma. Son successeur qui n’a eu de cesse de prétendre avoir été désigné par Boumediène sur son lit de mort pour lui succéder, et ceci au mépris de tous les témoignages historiques, devait en réalité prendre sa retraite, à l’occasion du IVe Congrès du FLN.

 

Né le 23 août 1932 à Aïn Hesseinia, près de Guelma, dans une famille kabyle pauvre qui dût fuir la région suite aux révolte de 1870 , Boumédiène connut déjà très jeune les événements sanglants du 8 mai 1945 à Sétif et à Guelma, dont il dit plus tard : « Ce jour-là, j'ai vieilli prématurément. L'adolescent que j'étais est devenu un homme. Ce jour-là, le monde a basculé. Même les ancêtres ont bougé sous terre. Et les enfants ont compris qu'il faudrait se battre les armes à la main pour devenir des hommes libres. Personne ne peut oublier ce jour-là. »

Durant les années quarante, il entreprit des études coraniques à l'institut Kettania de Constantine, puis les poursuivit à l'institut Zitouna de Tunis ; il se dirigea par la suite vers l'institut al-Azhar du Caire.

En 1955, il retourne en Algérie où il rejoint les rangs de l'ALN (Armée de libération nationale), il se retrouve dans la wilaya 5 (Oranie) à la tête de laquelle il est nommé en 1957, avant de prendre le commandement du P.C. d'Oujda, puis le commandement opérationnel de l'ouest, très vite il se fait remarquer et occupe le poste de Chef d'état-major de l'Armée de Libération Nationale [1]. Il passe une partie de la guerre au Maroc en préparant ce qu'il appelle "l'Armée de frontières", sous la protection de la police civile marocaine, avec un groupe appelé par la suite le "groupe de Oujda" comptant entre autres Abdelhafid Boussouf. Une fois l'indépendance acquise, Boumédiène devient vice-président et ministre de la Défense du Conseil de la Révolution qui est alors présidé par Ben Bella. Étant un proche de l'arabophonie et de la vision unique, refusant les accords conclus entre le président en place Ahmed Ben Bella avec l'opposition conduite par Hocine Ait Ahmed, alors responsable du FFS, Houari Boumédiène conteste le régime de son allié Ben Bella. Ne partageant pas les orientations politiques de ce dernier, il décide le 19 juin 1965 de mener un coup d'État au terme duquel il devient le nouveau président de l'Algérie. Sous sa direction, plusieurs actions sont entreprises en vue d'estomper sur le plan intérieur, les tensions nées de la guerre d'indépendance. En 1968, il réussit à faire évacuer la dernière base militaire occupée par la France à Mers el Kébir (Oran) ; alors que sur le plan économique, il opte pour le modèle socialiste, et fait construire sur la base de ce choix beaucoup d'usines et d'écoles. Il contribue surtout, le 24 février 1971, au nom du principe de la récupération des richesses nationales, à la nationalisation des hydrocarbures, au grand dam de la France.

Cette nationalisation réussie confère à Boumédiène une importante dimension internationale. En effet, Boumédiène a réussi là où l'Iranien Mossadegh avait échoué. L'année 1973 lui donne une nouvelle fois l'occasion d'affirmer son influence sur le plan international en organisant avec succès le sommet des non-alignés auquel les plus grands dirigeants du Tiers-Monde de l'époque assistent. Dès lors, l'Algérie de Boumédiène offre un soutien très actif aux différents mouvements de libération d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine, et c'est en véritable leader du Tiers Monde qu'il se déplace en 1974 à New York, pour prendre part à une réunion spéciale de l'Assemblée générale de l'ONU sur les matières premières qu'il a lui-même convoquée au nom des non-alignés. Il prononce à cette occasion un discours exposant une doctrine économique, favorable entre autres à l'établissement d'un nouvel ordre économique international plus juste, qui prendrait en compte les intérêts du Tiers Monde. Il a pour cible l'exploitation des matières premières au profits des industries françaises. Au sein de celles-ci, le besoin d'une main d'œuvre à bas prix s'est fait sentir tout au long de leur développement. "Cette situation, nous ne pouvons pas la changer, ni dans quatre ans, ni dans cinq, ni peut-être dans dix ! Ce qui nous importe c'est de considérer l'émigration algérienne dans les pays européens, non pas comme un problème banal mais une question nationale. Personnellement, j'estime que, progressivement, de nombreux concitoyens qui ont émigré retourneront dès qu'ils pourront jouir des conditions de travail dans le pays. .

En 1975 il accueille le premier sommet de l'OPEP par le biais duquel les membres du cartel ont pu définir une politique pétrolière concertée. Dans le sillage de cette même réunion, il parvint à sceller la paix entre l'Iran du Chah et l'Irak de Saddam Hussein. Sur le plan intérieur, il fait voter en 1976 une charte en vertu de laquelle il promulgue la constitution d'une Assemblée législative ainsi que la création du poste de président de la République, soumis au suffrage universel.

À partir de l'année 1978, les apparitions publiques du président Houari Boumédiène se font de plus en plus rares, et il s'avère qu'il souffre d'une maladie du sang, la maladie de Waldenström [3]. Toutefois, très peu de choses ont été dites à propos des circonstances qui entourèrent sa mort, survenue le 27 décembre 1978.

SOURCE/ WILKEPEDIA

 

 

 

Les derniers jours de Boumediène

Il a regné sur l'Algérie de 1965 à 1978

Les derniers jours de Boumediène

Jeudi 5 octobre 1978. Le temps est couvert sur Alger. Les rares passagers du vol régulier Alger-Moscou, prévu à 9h15, attendent tranquillement dans la salle d'embarquement lorsqu'ils aperçoivent trois limousines noires s'immobiliser devant la passerelle de l'avion.

De l'intérieur d'une des voitures s'extrait un homme emmitouflé dans son burnous brun avant de s'engouffrer dans l'appareil. Devant le cockpit, l'on a spécialement aménagé un petit coin pour permettre à cet homme de voyager confortablement. L'homme emmitouflé dans son burnous n'est autre que le président Houari Boumediène. Curieusement, on a dérogé au protocole qui sied à ce genre de cérémonie. Aucun ministre, aucun haut gradé de l'armée n'est venu saluer le départ du chef de l'Etat algérien. Hormis son entourage et une poignée d'officiels, personne ne devait savoir que Boumediène doit se rendre en URSS. Le secret doit être si bien gardé que les passagers qui devaient effectuer le voyage vers Moscou sont priés de rentrer chez eux. Seul un membre du gouvernement, Ahmed Taleb Ibrahimi, ministre conseiller auprès de la présidence de la République, médecin lui-même, fera partie de la délégation qui accompagnera le Président. Pourquoi s'entourer d'un maximum de prudence ? Pourquoi cultiver tant de cachotteries autour d'un voyage d'ordinaire plutôt banal ? A vrai dire, Houari Boumediène est malade. Depuis quelques semaines, son état de santé est devenu si préoccupant que les médecins du Président ont pris la décision de l'évacuer vers un hôpital russe. Pourtant, l'été 1978 s'annonce plutôt radieux pour Boumediène. Au cours du mois de juillet, il se rend avec son épouse Anissa en Yougoslavie pour y passer ses premières vraies vacances. Depuis son accession au pouvoir en juin 1965, le raïs ne s'est jamais vraiment offert une grande plage de repos. Certes, ce célibataire endurci, ce casanier qui adore la compagnie de ses amis et fidèles, notamment Chérif Belkacem, Ahmed Medeghri et Abdelaziz Bouteflika, s'est marié avec une avocate de père algérien et de mère suissesse, mais il a rarement pu profiter des joies de la vie conjugale tant il est pris par ses fonctions. Ami intime du chef de l'Etat yougoslave, Josip Broz Tito, Boumediène peut donc disposer en Yougoslavie des meilleures commodités qu'offre une luxueuse demeure dans une station balnéaire de la mer Méditerranée. La lecture, la baignade, le repos, la compagnie de son épouse, quoi de mieux pour remettre Boumediène d'aplomb. Mais voilà, en dépit du grand faste et des considérables égards dont il bénéficie lors de son séjour, le Président se sent mal. Il ressent de fortes douleurs au niveau de la tête, mais son entourage ne s'en inquiète pas outre mesure.

Boumediène incapable de gouverner

De retour de Yougoslavie, Boumediène reprend ses activités. Le 19 septembre, il reçoit le leader cubain, Fidel Castro, de passage à Alger avant de s'envoler à la fin du mois en Syrie pour prendre part au sommet des chefs d'Etat arabes. Malgré son état de fatigue, faisant fi des recommandations de son médecin, Boumediène ne veut, pour rien au monde, manquer cette importante réunion qui se tiendra à Damas. « Je tiens à être présent à ce moment. Rien ne pourra me faire changer d'avis », affirmera-t-il, en substance, à ceux qui lui demandent de ménager ses forces. Comme prévu, la conférence sera éreintante. Des heures interminables de discussions, de palabres, de débats et de rencontres en aparté épuisent Boumediène qui, pourtant, jouit d'une solide corpulence et dont les capacités de résistance au travail sont énormes. Une fois de plus, Boumediène se plaindra de temps à autre de ces satanés maux de tête qui l'empêchent de dormir. Sitôt la conférence achevée, Boumediène regagne Alger le 24 septembre. A l'aéroport, une délégation de hauts responsables l'attend au pied de l'avion. Curieusement, ni la télévision ni les journaux, d'habitude si prompts à rendre compte des moindres cérémonies officielles, se gardent de diffuser des images de cette cérémonie. L'absence d'images officielles ne soulève pas davantage d'interrogations, mais cela intrigue tout de même. Les jours passent et les douleurs deviennent de plus en plus insistantes, si bien que Boumediène est contraint de limiter les visites sur le terrain, les audiences ainsi que les entretiens avec les membres du gouvernement. Depuis l'été 1978, pas moins de quatre Conseils des ministres ont dû être successivement annulés sans que l'on en connaisse les raisons. De hauts dirigeants étrangers débarquent à Alger sans qu'ils puissent rencontrer Boumediène. Ami de longue date de Boumediène, le vice-Président du Vietnam, Nguyên Huu Tho, séjourne à Alger sans qu'il soit en mesure d'obtenir une entrevue avec le Président. Le mystère entoure le raïs. Bien sûr, tout cela intrigue tant que les chancelleries occidentales finissent par ébruiter l'information : Boumediène est dans l'incapacité de gouverner. Dans la capitale, les rumeurs se propagent et agrémentent les discussions du microcosme politico-médiatique. Chacun va de sa supputation. Boumediène aurait fait l'objet d'un empoisonnement lors de son séjour en Syrie. Le Mossad, services secrets israéliens, aurait intoxiqué le Président à l'aide de rayons déclenchés par le flash d'un appareil photo. Boumediène aurait fait l'objet d'une tentative d'un putsch, dont il serait sorti blessé. L'hebdomadaire britannique Sunday Express s'en fera l'écho le 14 octobre, en affirmant, grâce à une gorge chaude française, que le président algérien a fait l'objet d'un coup d'Etat fomenté par de jeunes officiers. Tout cela expliquerait-il donc sa disparition de la scène publique ? En réalité, Boumediène souffre d'une mystérieuse maladie. Après maintes analyses, ses médecins détectent enfin des traces de sang dans son urine et concluent à une hématurie, une infection qui se caractérise par la présence de sang dans les urines. Infection des reins ? Cancer du sang ? Les médecins demeurent perplexes. Pis, ils sont impuissants face au mal qui ronge Boumediène. Devant la persistance des douleurs, ses proches décident donc d'évacuer Boumediène vers Moscou. Pourquoi l'URSS plutôt que la France ou la Suisse, pourtant réputées pour leurs hôpitaux ultramodernes ? Le gouvernement algérien ne souhaite nullement que la maladie du Président soit rendue publique tellement il est vrai qu'une telle éventualité aurait des conséquences néfastes pour la stabilité de l'Algérie. Décision est ainsi prise de recourir à des soins dans un pays ami. Une fois l'accord des Soviétiques acquis, les vrais motifs du voyage devront rester dans la stricte confidentialité. Ce jeudi 5 octobre donc, Boumediène s'envole vers Moscou. Ce voyage sera l'ultime déplacement vers l'étranger. Contrairement aux usages, Boumediène refuse de se faire admettre dans une clinique spécialisée, où se font régulièrement soigner les apparatchiks soviétiques ainsi que les dirigeants des pays du tiers-monde, amis ou alliés de l'URSS. Il refuse même de recevoir les visites de ses collaborateurs. Les seules personnes qui ont le droit de l'approcher se comptent sur les doigts de la main. C'est le cas, notamment, d'Ahmed Taleb Ibrahimi. On ne saura jamais les raisons d'une telle prudence de la part de Boumediène. Sans doute l'explication se justifierait par sa légendaire méfiance acquise durant les années de guerre et cultivée plus tard lors de son exercice du pouvoir.

Un séjour et des interrogations

Le 15 octobre, soit dix jours après son évacuation, un communiqué officiel de l'Agence de presse algérienne rompt enfin le silence. Une dépêche de l'agence officielle, APS, expédie la nouvelle en quatre lignes : « Le président Boumediène a quitté Alger à destination de Moscou pour une visite de travail. » On l'aura bien compris : la diffusion de cette information est destinée à couper court aux rumeurs et aux spéculations qui n'ont pas manqué d'alimenter la gazette du palais. Le lendemain, lundi 16 octobre, Alger donne davantage d'explications sur le voyage du Président ainsi que sur ses prétendues activités. On évoquera alors des entretiens entre Boumediène, Leonid Brejnev, président de l'URSS, et Alekseï Kossyguine, son chef de la diplomatie. Tant à Alger qu'à Moscou, tout nage dans une parfaite quiétude. Les Russes pousseront même leur sens de l'hospitalité jusqu'à annoncer, le 19 octobre, que le président Boumediène accepte de prolonger son séjour en URSS. Décidément, ce séjour moscovite de Boumediène devient de plus en plus suspicieux. Les différentes analyses effectuées par les médecins russes donnent les premiers résultats : Boumediène serait atteint d'une cryoglobulinémie, c'est-à-dire une affection qui se caractérise par la présence dans le sang d'une protéine anormale. Hélas, les médecins évoqueront également une autre pathologie, nettement plus grave. Pour la première fois, le diagnostic sera encore plus précis. Boumediène souffre de la maladie de Waldenström, une infection très rare du sang, découverte par un chercheur suédois qui lui attribua son nom. Le mois d'octobre approche de sa fin. L'état de santé de Boumediène s'améliore. Il réclame auprès de lui son ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika. Les deux hommes doivent se concerter avant la tenue d'un important sommet arabe prévu dans la capitale irakienne. Fidèle parmi les fidèles de Boumediène, Bouteflika se rend donc à Moscou. L'ambassade d'Algérie à Moscou est assiégée par les reporters, tous venus à la pêche aux nouvelles. Mais alors qu'officiellement tout est fait pour accréditer la thèse d'un voyage d'affaires, un diplomate de la représentation algérienne va commettre la bourde de déflorer ce secret. Pressé par les journalistes de fournir de plus amples indications sur la présence de Boumediène en URSS, cet honorable diplomate lâchera devant les journalistes cette phrase : « L'état de santé du Président s'est beaucoup amélioré. » Jusqu'ici tenue secrète, la maladie de Boumediène devient un fait reconnu, une nouvelle admise officiellement. N'étant pas en mesure de prolonger longuement son séjour à Moscou, Bouteflika se rend directement à Baghdad pour assister à la conférence des chefs d'Etat arabes. Jusqu'à la dernière minute, les organisateurs ont attendu et espéré la présence de Boumediène, farouche défenseur des causes arabes, mais le raïs ne sera pas présent. Ce sera donc son ministre des Affaires étrangères qui présidera la délégation algérienne. Assailli de questions sur l'état de santé de Boumediène, Bouteflika est dès lors contraint d'admettre la réalité des faits avec des termes diplomatiques. « Le Président a seulement éprouvé le besoin de prendre du repos, car il était complètement exténué. Il n'avait pas pris un seul jour de congé depuis le 1er novembre 1954. Les médecins lui ont imposé un temps d'arrêt. Il reprendra incessamment ses activités », affirme-t-il. Des vacances en URSS en plein mois d'octobre ? Drôle d'endroit et encore plus, drôle de période pour des vacances. Bien sûr, à Baghdad, personne n'est dupe. Les diplomates arabes ont vite compris que Boumediène était malade. C'est d'autant plus vrai que quelques officiels syriens, ceux-là mêmes qui avaient accueilli le président algérien quelques jours plus tôt à Damas, ont perfidement laissé entendre, dans les couloirs des palaces de Baghdad, que Boumediène souffrait d'une maladie mystérieuse.

De grands frais pour soulager le président

A Moscou, le séjour de Boumediène commence à s'étirer. Devant l'incapacité des médecins russes à procurer des soins adéquats à l'illustre patient, l'entourage de Boumediène décide de rapatrier le Président. C'est ainsi que le 14 novembre, le quotidien El Moudjahid peut annoncer en grosse manchette : « Le président Boumediène est de retour à Alger ». Finis les ennuis de santé ? Loin de là... Affaibli et considérablement amaigri, Boumediène est contraint à un repos total. Malgré les soins intensifs qui lui seront prodigués, les douleurs persistent encore et encore. Elles seront tellement insupportables que ses apparitions publiques lui seront désormais prescrites. A l'aube du samedi 18 novembre, patatras ! Le Président est évacué d'urgence à l'hôpital Mustapha Bacha. Son cas est jugé grave. Très grave même. Boumediène plonge dans le coma. Aussitôt, l'hôpital d'Alger sera transformé en bunker. Les services de sécurité quadrillent les alentours et chaque entrée sera désormais filtrée et soumise à l'autorisation des cerbères de la sécurité militaire. Tout un quartier du vaste hôpital sera même entièrement réquisitionné. Sur une pancarte scotchée devant l'entrée de l'enceinte hospitalière, on peut lire « entrée interdite » et hormis les médecins et quelques officiels, nul n'est admis à y mettre les pieds. Progressivement, le gouvernement algérien met en branle une gigantesque opération médicale internationale. Rien ne sera trop beau ni trop cher pour soulager Boumediène de son mal. Des professeurs venus d'Europe, d'Amérique, d'Asie et d'Afrique débarquent dans la capitale algérienne pour se mettre au chevet du malade. Des appareils médicaux sophistiqués, au demeurant introuvables en Algérie, sont-ils nécessaires ? On les fera venir à grands frais. Les médecins éprouvent-ils des difficultés à embarquer vers Alger ? On affrétera l'avion présidentiel, un Mystère 20, pour les acheminer au chevet du Président. Des places manquent-elles pour loger tout cet aréopage de médecins ? Ils seront installés dans de luxueuses et confortables villas situées dans les quartiers chics de la capitale. Qu'importe le prix, des millions de dollars seront dépensés, pourvu que le Président puisse trouver une voie de guérison. Dans le pavillon réservé au patient, des dizaines de médecins de différentes nationalités se relayent aux côtés des professeurs algériens pour tenter de soulager Boumediène de son mal. Non loin de la salle où gît inconscient le Président, l'on a aménagé une chambre pour son épouse Anissa qui ne quittera presque plus l'hôpital. La fidèle, mais effacée, épouse veillera sur son mari comme une sorte d'ange gardien. Des journées durant, les médecins improvisent de véritables congrès médicaux internationaux dont l'objectif est aussi simple, tragique qu'impossible : faire revenir à la vie le président algérien. A quelques encablures de ces conclaves médicaux, se tiennent d'autres réunions, encore plus secrètes, moins informelles mais davantage décisives. Non loin de cet hôpital où agonise Boumediène, les membres du Conseil de la révolution algérienne, instance mise en place par Boumediène au lendemain du coup d'Etat de 1965, se concertent, se consultent et échafaudent des scénarios. Bien sûr, rien ne filtrera de ces conclaves secrets. Rien ne sera rendu public jusqu'à ce lundi 20 novembre où le Conseil de la révolution annonce publiquement « sa volonté d'assurer la direction du pays ». Bien que la vacance du pouvoir soit de fait assumée, personne n'osera prétendre officiellement à la succession de Boumediène. Mieux, personne n'osera admettre publiquement que le moment est venu pour parler de l'après-Boumediène. Les médias et les officiels appellent le peuple à la « vigilance ».

Les rumeurs circulent sur la mort de Boumediène

La population algérienne est invitée à se « montrer digne de l'épreuve que cruellement le destin lui a imposée, à faire montre de civisme et à faire confiance aux autorités du pays ». Les journaux ressassent inlassablement la même antienne : la mobilisation contre la réaction interne manipulée de l'étranger. Jeudi 23 novembre. Une semaine est déjà passée depuis son admission à l'hôpital. Boumediène est toujours dans le coma : « Paralysie des autres membres, inconscience totale, lésion possible à la base du cerveau ». Bien que le bulletin de santé soit plutôt critique, le gouvernement algérien refuse de s'avouer vaincu par la fatalité. D'éminents spécialistes continuent d'arriver à Alger. Le professeur Adams, neurologue américain de renommée mondiale, ainsi que le neurochirurgien anglais Crockart arrivent à la rescousse. Désormais, Alger devient la capitale de la médecine mondiale, dévouée à une seule cause, à un seul impératif : tout faire pour ramener Boumediène à la vie. Miracle. Le vendredi 24 novembre, celui-ci sort de son coma. Il est même en mesure d'esquisser quelques gestes. Il répond aux injonctions des médecins, ouvre les yeux et la bouche. Dès lors, l'espoir est permis. Le Président peut être sauvé, mais il faut faire encore plus. Quelqu'un suggère le nom du professeur Jan Gosta Waldenström. Le professeur Waldenström, médecin chef de l'hôpital de Malmö en Suède, est reconnu par ses pairs pour être le spécialiste le mieux habilité pour traiter les infections liées au sang. N'est-ce pas lui qui a découvert cette terrible maladie dont on en sort rarement vivant ? Contacté par les officiels algériens, Waldenström accepte de se rendre en Algérie. Il fera le voyage à Alger à bord de l'avion particulier du Président, ce fameux Mystère 20. La venue de Waldenström laisse présager un bon espoir. Arrivé à Alger, le professeur suédois est aussitôt conduit à l'hôpital où il s'entretient avec l'équipe médicale installée depuis quelques jours. Après de longs entretiens, il peut enfin regagner sa résidence, mise à sa disposition au niveau du Palais du gouvernement, une somptueuse demeure mauresque nichée au cœur d'Alger. Ce n'est que le lendemain que Waldenström peut enfin consulter son illustre patient. Son diagnostic ne tarde pas à tomber : Boumediène est atteint d'une très grave maladie, pour tout dire, incurable. Cette vérité, Waldentröm se garde de la divulguer aux journalistes étrangers. Secret médical, dit-il. Mais, cette vérité, il ne le cache pas aux rares officiels algériens qui seront autorisés à s'entretenir avec lui. Parmi les confidents du médecin suédois, le ministre des Affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, ainsi que l'épouse du Président, Anissa. A Bouteflika, Waldenström tiendra le langage de la franchise et de la vérité. « Il n'y a rien à faire. Il faut attendre la mort », aurait-il déclaré. Le médecin de la dernière chance a donc délivré l'ultime message. Houari Boumediène n'a plus aucune chance de survie. Après avoir livré son diagnostic, Waldenström émet le vœu de repartir chez lui, en Suède. Plus rien ne pourra sauver ce patient que les officiels veulent absolument ramener à la vie. Mais les officiels algériens refusent de désespérer. Le diagnostic du professeur Waldenström n'étant pas une vérité absolue, il faudra donc tout tenter pour que le miracle puisse avoir lieu. Aussi, on fait appel à l'expertise et à la logistique des Américains. Aussitôt sollicité, le président Jimmy Carter fait montre de sa disponibilité et met à la disposition de l'Algérie un scanner dépêché directement de Californie. Le précieux matériel arrivera à l'aéroport d'Alger au moment même où le Mystère 20 de la Présidence algérienne s'apprête à décoller avec à son bord le professeur Waldenström. Impuissant devant l'inéluctabilité de la mort, celui-ci avouera plus tard à un journaliste de Paris Match les raisons de son départ précipité. « Je n'ai plus rien à faire », dira-t-il. Le 28 novembre, Boumediène sombre de nouveau dans un coma irréversible. Il n'y a presque plus d'espoir parmi la cinquantaine de médecins qui se relayent jour et nuit autour du corps inanimé de Boumediène. En dépit des renforts de matériel sophistiqué, malgré les multiples soins prodigués au patient, son état demeure désespérément critique. Il perd du poids à vue d'œil. Cet homme longiligne et légèrement grassouillet ne pèse aujourd'hui qu'une quarantaine de kilos. Dernière semaine de décembre. Les officiels décident de préparer l'opinion au pire. La presse évoque « la fatalité », comme pour signifier que Boumediène ne sortira plus jamais vivant de la salle d'hôpital où il gît depuis le 18 novembre. Mercredi 27 décembre, l'information tombe comme un couperet. Le président Houari Boumediène est mort. Le Conseil de la révolution entre en réunion permanente. Objectif : organiser les obsèques de Houari Boumediène dans le calme et la sérénité. Avant de passer aux choses sérieuses. Vendredi 29 décembre. Au cimetière d'El Alia, une brochette de ministres, de hauts gradés de l'armée et de grands dirigeants du pays est alignée en rangs d'oignons face au cercueil du défunt. Dans un silence de cathédrale, tous arborent des visages de cire. Habillé d'un manteau noir, Abdelaziz Bouteflika, le ministre des Affaires étrangères, fidèle parmi les fidèles, fait la lecture de l'oraison funèbre. Moins de deux heures plus tard, la cérémonie s'achèvera tandis que commencera la vraie bataille pour la succession de Houari Boumediène.

- NB : Le présent article a été publié dans El Watan du 9 décembre 2007.

 

 

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Commentaires (1)

1. massard (site web) 07/11/2009

ALLAH YA RAHMOU OU YARHAME ECHOUHADA IL,CE SONT BATTUS POUR UNE 'ALGERIE LIBRE je,me rappelle du jour de son décès j,avais l,impression que L'ALgérie n'exciter plus tellement c'était douleureux ALLAH YA RAHMOU.

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